lundi 4 septembre 2017

L'atelier d'écriture n°274 de Leiloona : Le noir et le blanc, le ying et le yang et vice-versa



Version première :
Le Lac avait été pondu là, par hasard, comme un arbre qui eu une soudaine poussée de croissance, mais sans qu'aucune graine n’ai été plantée en cet endroit. Si personne n'a compris, aucun ne s'est posé la moindre interrogation. Le Lac était là, et c'était tout. Il n'y eut guère que le petit Gamin pour se poser et poser des questions. Tentatives qui n'ont alors jamais eu plus de succès qu'une injure ou un mauvais geste de la main. Dans le Village, on avait appris à ne plus prêter attention aux caprices incessants de Dame Nature, et ça, le petit Gamin l'a très vite compris. Après quelques journées à peine, le jeunot cessa d'importuner ses aînés, conscient qu'il n'obtiendrait jamais de réponses de ce côté. Après quelques nuits passées à contempler le ciel voilé par de sombres nuages, le petit Gamin décida qu'il était temps d'aller voir de plus près cette oeuvre aussi merveilleuse qu'inattendue. Une nuit, alors qu'il entendait depuis quelques minutes à peine les ronflements sourds de son père, tantôt piquetés de quelques paroles aussi décousues qu'incomplètes de sa mère somnolente, le petit Gamin remonta le loquet de sa fenêtre, et sous une lune d'un blanc éclatant, et se dirigea d'un pas tranquille vers le Lac. Seul quelques aboiements lointains et quelques bribes d'une dispute conjugale vinrent troubler le pas tranquille de l'enfant, enchanté par l'hypnotique lune et le silence quasi complet qui règne en ces lieux. Après une bonne centaine de pas, le doux reflet de lune sur l'eau paisible fût visible. Lentement, le petit Gamin descendit la longue et étroite bande de sable, les yeux écarquillés de bonheur. Arrivé près de l'eau, il retira ses petits souliers dans un silence mortuaire. Puis il se posta face à la grande étendue d'eau. Il attendit. Quelques secondes peut-être. Ou quelques minutes. Ou quelques heures. Rien ne bougeait. le silence en devenait lourd, pesant. Alors, le petit Gamin avança son pied droit, qui toucha l'eau. Le liquide était de température moyenne, ni trop chaud, ni trop froid. Le jeune mit alors son deuxième pied à l'eau. Sans savoir pourquoi. Une sensation de bien-être l'envahit soudain. Il s'assit, la moitié des cuisses à la flotte. Un joli sourire flottait sur son visage livide. Il resta ainsi quelques instants, impassible, les yeux fermés, nageant dans le bonheur. Puis il se releva brusquement, et, arrivé à l'arbre le plus proche, le petit Gamin y suspendit tous ces vêtements. A présent à moitié nu, il fit vite demi tour. Sans s'arrêter. Il plongea dans le Lac doucereux, noyé dans un bonheur intense. En quelques secondes, son petit corps disparût, entièrement englouti par les eaux du Lac. Apaisé et heureux. On le revit plus jamais.


Version seconde :
L'Arbre avait été pondu là, par hasard, comme un lac qui aurait été créé par une énorme averse, sans qu'il n'y ait jamais plu. Si personne n'a compris, aucun ne s'est posé la moindre interrogation. L'Arbre était là, et c'était tout. Les habitants du village voisin racontait qu'il était apparu durant une nuit de pleine lune, quelques jours seulement après le lac. On raconte qu'il a été découvert avec sur lui les vêtements d'un petit garçon, disparu dans la nuit.  La légende raconte qu'il est devenu l'Arbre. l'étendue d'eau est très vite devenue une grande attraction touristique, théâtre de nombreuses compétitions de cerf-volant, étant donné la puissance du vent qui règne en ces lieux. C'est ici, durant l'un de ces concours, que mon fils est mort. Chute mortel. Sur le rivage. Coup du lapin. Corps sans vie. Et c'est sur cet arbre que je dépose les vêtements qu'il portait en ce jour, ainsi que son doudou, qu'il gardait toujours à ses pieds, dans ses mains ou dans l'une de ses poches. Le cerf-volant les rejoindra. Je contemple l'Arbre, fait le tour du tronc, puis sort mon téléphone et immortalise le moment, une rivière salée coulant sur chacune de mes joue rougi par le froid mordant. Une fois le cliché terminé, je dépose le smartphone au pied du tronc. J'y attache mon béret près des vêtements de ma progéniture. Puis saute du haut de la falaise, et meurt. Apaisé.



Troisième version :

Le Portable avait été pondu là, par hasard, comme un cadeau tombé du ciel ou du tronc, sans qu'aucun des deux ne soit jamais intervenu. Si personne n'a compris, aucun ne s'est posé la moindre interrogation. Le Portable était là, et c'était tout. C'est un garçon qui l'a ramassé. Une fois déverrouillé avec l'aide de son père, le Gamin a trouvé une photo magnifique du Lac et de l'Arbre, un jour de soleil. C'est avec celle-ci qu'il a remporté un concours de photographie. Il a gagné un magnifique cerf-volant, rose, rouge et violet. Depuis, il en fait tous les jours, un peu trop près de la falaise parfois, entre le Lac et l'Arbre. Il se sent libre. Apaisé.


Ce texte a été écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona. La photo a été prise par (c) Vincent Héquet.

mercredi 30 août 2017

Nox tome 2 : Ailleurs d'Yves Grevet


Auteur : Yves Grevet

Maison d'édition : Syros

Nombre de pages : 424 pages

Année de sortie : 2013




Résumé : Un héros condamné aux travaux forcés dans la forêt pourrissante, dont nul n'a jamais pu s'échapper.Une jeune fille enceinte qui attend le retour du garçon qu'elle aime et se voit proposer un effroyable marché.Deux amis devenus ennemis, à qui il a manqué le temps de s'expliquer. Une adolescente de la ville haute qui devient agent double contre son gré. Des personnages qui se croisent sans toujours se reconnaître et, tout au bout du chemin, l'espoir d'une vie meilleure...

Introduction : J'ai lu le premier tome de cette dystopie en 2015, et j'avais tout simplement adoré ma lecture, que j'avais trouvée très originale avec ce système de narration du point de vue de différents personnages, qui n'est pas sans rappeler la saga U4, auquel Yves Grevet a participé. Je dois bien vous avouer que ma lecture datant de 2015, pas mal d'éléments avaient finis par s'échapper de ma mémoire, même si l'essentiel était encore là : je savais où l'auteur nous avait laissés avec les personnages principaux, avec quels problèmes, etc... Même si il m'a fallu un petit temps d'adaptation, j'ai retrouvé tout ce que j'avais aimé dans le premier tome.

Commentaire
: J'avais beaucoup aimé les personnages lors du premier opus, et cela se confirme avec le second. Petite nouveauté au programme, un nouveau point de vue vient s'ajouter aux trois précédents (enfin, dans mes souvenirs, il n'est pas présent dans le 1) : il s'agit de celui de Firmie, la petite amie de Lucen. Je pense qu'il est assez inutile que je vous fasse un portrait détaillé de chacun, puisque je risquerais de vous spolier. Je dirais simplement qu'à défaut de s'identifier à eux (nous ne sommes pas dans le même contexte "géopolitique" avec la nox, la mise en place de la ville basse et haute, etc...) on s'attache à eux. Et les galères auxquelles ils sont confrontés nous les rendent encore plus attachants, car on voit leurs doutes et leurs points faibles. Je trouve que cela les rend encore plus proches du lecteur, car ils sont ainsi plus "humains". C'est un côté que j'avais moins retrouvé dans le premier livre (enfin d'après mes souvenirs). Personnellement, je trouve que le personnage le plus intéressant dans cette duologie restera Lucen. Pourquoi ? Je trouve que c'est lui qui est le plus proche du lecteur, en fin de compte. C'est en tout cas celui parmi les quatre qui nous transmet le mieux les émotions qu'il ressent. C'est en parti pour cette raison que je le préfère. Il nous montre aussi à quel point l'amour d'un homme envers sa femme et son fils peut être pur et magnifique (c'est également le cas de Firmie d'ailleurs, qui m'a souvent ému aux larmes lorsqu'elle parle de son amoureux et de leur enfant). Toutefois, Gerges m'a beaucoup plu aussi, puisqu'il est constamment tiraillé entre sa famille et son passé avec ses amis. On le sent qui se pose des questions, qui se tâte, qui croire ? Là encore, cela le rend terriblement humain alors que tout nous sépare de leur condition. J'ai déjà parlé de Firmie, mais je rajouterais juste que c'est une fille courageuse. Cela ne fait aucun doute. J'ai par contre un peu moins accrocher avec Ludmilla, qui était pourtant celle que je préférais dans le tome 1. Dans ce second volet, je l'ai trouvée… Je ne saurais comment vous dire... C'est un peu bizarre comme sentiment. Je la trouve très courageuse, mais à la fois assez peureuse sur certains points, même si cela peut parfaitement se comprendre. J'ai eu un peu de mal avec son caractère et ses réflexions, parfois. Mais elle reste dans l'ensemble un bon personnage.


L'histoire nous est donc comptée du point du vue de chacun des personnage, à la première personne. Les chapitres se succèdent, avec à chaque nouveau un personnage qui prend le relai, dans un ordre qui reste toujours le même. L'intrigue reprend exactement où Yves Grevet l'avait laissée dans le tome précédent. Et je ne cesserais de le répéter, ce style de narration à plusieurs voix est juste excellent. Le romancier arrête chacun de ses chapitres pile où il faut, juste avant la révélation. J'ai la sensation de me répéter par rapport à ma précédente chronique, mais c'est vraiment un style qui m'a enchanté. De plus, les bornes chronologiques ne sont pas du tout les mêmes entre les chapitres. On peut passer d'un chapitre dans la peau de Lucen à un chapitre dans la peau de Firmie qui se déroule quelques semaines ou mois après. C'est ainsi que l'on obtient des réponses inattendues à nos questions sur des personnages alors que ce n'est pas lui qui nous parle. C'est très, très bien fait. Chacun des personnages de cette histoire à une quête différente, une manière différente d'arriver ici ou là, mais ils se croisent, décroisent, sans se voir parfois, s'aident. Quel imagination ! Yves Grevet mène son lecteur par le bout du nez, il nous tient en haleine pendant quasiment tout le livre. Pas une fois on ne s'ennuie, Yves Grevet rajoutant toujours un peu d'huile sur le feu où laissant des questions sans réponses. On est pris à la gorge par la tension qui émane de certaines scènes d'action du roman. Résultat : Cet élément combiné à la narration fait qu'une fois de plus, et à l'image du tome 1, ce livre se lit très vite. Trop vite.


J'ai déjà pas mal parlé du style de narration juste au-dessus, alors je me contenterais de quelques mots pour la plume d'Yves Grevet. Je trouve qu'il arrive parfaitement à nous faire ressentir et voir ce que ses personnages voient. Je me suis vraiment senti immergé au coeur de cette ville basse et haute, à peine séparée par une bande de Terre. Tout cela est très originale, soit dit en passant.


La fin est vraiment superbe. Apaisante. Cerise sur le gâteau
. Exactement ce qu'il faut au lecteur pour digérer ce qu'il vient de vivre pendant 424 pages. J'hésite encore sur la prochaine oeuvre de Grevet que je devrais lire. U4 Koridwen ? Méto ? Autre ? J'hésite encore beaucoup... L'avenir nous le dira.

Envie d'une dystopie originale, riche en émotions comme en actions et en suspens ? Alors n'hésitez pas, foncez ! Nox vous convaincra, j'en suis absolument certain !

mercredi 23 août 2017

Sirius de Stéphane Servant


Auteur : Stéphane Servant 

Maison d'édition : Le Rouergue 

Collection : Epik 

Nombre de pages : 480 pages

Année de sortie : 2017





Résumé : Alors que le monde se meurt, Avril, une jeune fille, tente tant bien que mal d'élever son petit frère Kid. Réfugiés au coeur d'une forêt, ils se tiennent à l'écart des villes et de la folie des hommes... jusqu'au jour où le mystérieux passé d'Avril les jette brutalement sur la route.
Pourchassés, il leur faut maintenant survivre dans cet univers livré au chaos et à la sauvagerie. Mais sur leur chemin, une rencontre va tout bouleverser : Sirius.


Introduction :
Je tiens tout d'abord à remercier les éditions du Rouergue pour cet envoi !


J'ai plutôt pas mal teaser ce bouquin sur le blog, en postant notamment la couverture et le résumé en juin et en aout. Il faut dire que je n'en suis pas à mon coup d'essai avec Mr.Servant, avec son Coeur des Louves  qui sera à coup sûr dans mon top 10 de fin d'année. En réalité, je pourrais vous en parler des heures durant. Mais nous ne sommes pas ici pour parler de ce livre-ci, bien qu'il soit incroyable, je vous invite donc à consulter la chronique que j'en ai fait, vous pourrez ainsi bien voir mon ressenti et mes impressions sur ce bijoux. Vous comprendrez donc que j'étais plus qu'impatient à l'idée de découvrir une nouvelle histoire de cet auteur. Et punaise, il a encore mis la barre haute, très haute. Trop haute.


Commentaire :
Les deux protagonistes de cet aventure se nomment Avril et Kid. Bien que le roman soit à la 3ème personne, le lecteur se sent facilement plus proche d'Avril, une jeune fille qui doit avoir environ 17 ans, bien qu'il n'y ai aucune date et aucun repère temporel (je doute franchement que les gens pensent à une quelconque date lorsqu'il s'agit juste de survivre alors que le monde s'écroule) durant toute la durée du livre. Avril est un personnage déterminé, sans aucun doute. Déterminée à survivre, déterminée à protéger Kid et à oublier son passé. Un passé que l'on devine sombre et mystérieux. Kid est un petit garçon aventureux, qui aime par-dessus tout sa soeur et la nature. Le duo qu'ils forment est très attachant, le lecteur ne peut qu'adorer ces deux personnages atypiques, survivants dans un monde en colère et qui se déchaîne. En vérité... je ne veux pas vous les présenter plus en détail, comme je fais habituellement, car eux sont vraiment... Surprenants. Ils évoluent. On les voit évoluer durant tout le bouquin mais... D'une manière différente. Sans aucun doute. C'est ce qui les rend si particuliers et indescriptible à mes yeux, c'est aussi pour cette raison que je ne pourrais vous les décrire d'une manière très détaillée, et je suis sûr et certain que j'aurais énormément de mal à trouver les mots  pour vous offrir un aperçu juste et précis. Ils posent des questions, ça ne fait aucun doute. Je pense que c'était aussi le but de Stéphane Servant, à travers cet écrit, d'interroger qui le lira sur pleins de sujets différents. Et là, le lecteur se pose des questions sur l'être humain et l'humanité. Comment survivre ? Sortis comme ça dans notre confortable vie douillette, qui sommes-nous vraiment ? Comment ressortir nos instincts naturels ? Et d'ailleurs, ne sommes-nous pas réellement des animaux sauvages ? Personnellement, j'ai fais beaucoup de pauses durant ma lecture pour y réfléchir plus en détail et avoir des réponses à mes questions. Je pense qu'il n'y en a pas, ou plutôt qu'il y en a plein, des dizaines, puisque chacun y répondra différemment. Et ça c'est très fort.


Sacré Stéphane Servant. Même dans un exercice totalement différent de ce qu'il avait pu écrire avec le Coeur des Louves, il maîtrise parfaitement son sujet. Vous savez à quel point je suis friand de road-trip. Et bien celui-ci est vraiment parfaitement maîtrisé. On se prend au jeu, devant véritablement le quatrième membre de cette bande de survivants désespérés. A nouveau, l'auteur mêle subtilement le fantastique et la réalité (bon, une réalité assez futuriste et anticipée, je vous l'accorde). Il nous surprend, nous interroge, encore une fois. Mais je vais y revenir. L'histoire en elle-même est donc ce chemin, ce voyage, cette fuite de Kid et Avril, pour des raisons assez différentes chez les deux individus. Leur route croisera celle de Sirius. Une rencontre déterminante. Incroyable. Sirius ? Qui est-ce ? Eh bien... Je vous laisse la surprise, à nouveau. Je ne m'attendais pas du tout à ça de la part de Stéphane Servant, qui nous prend littéralement à la gorge avec cette aventure parsemée de dangers et de rebondissements. J'ai adoré. Il nous mène par le bout du nez, révélant un petit peu de ce qu'il faut, jamais trop, oh non surtout pas. On ne comprend pas vraiment où il veut nous mener, jusque dans les dernières pages, où il nous émerveille, comme il l'avait si bien fait dans le Coeur des Louves. Je disais tout à l'heure qu'il nous interrogeait à nouveau. Et bien cette fois-ci, c'est sur la nature, les animaux, l'environnement qui nous entoure que le romancier pose des questions. Il nous montre la beauté de ce monde, nous fait prendre conscience de ce que nous sommes en train de faire subir à la Terre. Que garderions-nous si jamais une seule chose devait être conservée ? Qu'elle est la plus belle chose dans ce monde ? Ce dernier aura-t-il une fin ? Si oui, sous quelle forme ? Et peu à peu, le scénario de Sirius devient plausible pour le lecteur. Probable même. Et ça c'est très fort.


L'écriture de Stéphane Servant... Punaise (et je suis poli) qu'il est fort. Il arrive à rendre magnifique la fin du monde avec ses mots, tout en poésie. Il mélange subtilement les genres, fait des clins d'oeil, amène en douceur des révélations, il met en place sa fin, la composant au fur et à mesure, comme si, il associait les pièces d'un puzzle finement détachées. Résultat, la fin est d'une cohérence folle avec ce que nous avons vécu durant ces presque 500 pages. Elle paraît... Logique. Et ça c'est très fort.



Le coeur des Louves ou Sirius ? Impossible de choisir, tous les deux ont été des lectures majeures de cette année et avec "La langue des Bêtes qui suivra bientôt, on peut dire que Stéphane Servant imprègne de sa plume mon année 2017. Sirius est à lire. Pour les plus jeunes, qui se plairont à découvrir les aventures des personnages avec une belle délectation. Et les plus grands, pour qui ce livre sera le point de départ de nombreuses interrogations, et ils observeront le monde différemment après ça. Et ça justement, c'est très fort.

La drôle de vie de Bibow Bradley



Auteure : Axl Cendres 

Maison d'édition : Sarbacane 

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 208 pages

Année de sortie : 2012




Résumé : USA, les 60’s. Né dans une petite ville perdue de l’Illinois, le jeune Bibow Bradley est destiné à finir derrière le comptoir du Bradley’s and son, le bar à tocards que tient sa famille. Après un détour obligé par la case Guerre – la sienne, ce sera le Vietnam. À 18 ans, parachuté dans le combat, il aurait dû perdre un oeil comme papy ou une jambe comme papa, mais la particularité de Bibow, c’est qu’il n’a jamais peur. Les balles sifflent à ses oreilles sans qu’il sursaute. Un don très utile aux yeux de la CIA… Mais de mission en mission, entre activistes communistes à Moscou et rassemblements hippies à Woodstock, Bibow découvrira une chose qu’on ne lui a jamais enseignée : le facteur humain.

Introduction : Axl Cendres. Premier roman depuis "Dysfonctionnelle". Donc depuis novembre 2015. Bon, autant vous dire qu'il m'en aura fallu du temps pour digérer le roman que je considère comme mon roman préféré. Oui oui, le seul et l'unique. Qu'attends-je de "La drôle de vie de Bibow Bradley" ? Franchement... La surprise. La même incroyable surprise qui m'avait sauté à la gorge lors de ma lecture de "Dysfonctionnelle". Et là encore, la magie opère. Sacrée Axl. Vivement qu'on se rencontre, je ne perds pas espoir.

Commentaire
: Bibow est un personnage drôle, sans aucun doute. Né au sein d'une famille campagnarde de l'Illinois, dans les années 50, ce jeune homme a la particularité de ne jamais ressentir la peur. Un "don" qui le sauvera tantôt, mais qui lui attirera des soucis, aussi. Bibow est un personnage atypique. Sa particularité, son entourage, l'époque à laquelle il vit, tout cela le rend à part. On ne peut s'identifier à Robert Bradley Jr. Mais on peut l'adorer, et je pense que comme moi, beaucoup de monde adore Bibow. A la manière de Fidèle dans "Dysfonctionnelle", c'est quelqu'un qui fait ressentir tout un tas d'émotions au lecteur. On est stresser, on a peur, on rit, on est heureux pour lui. Car lui, justement, eh bien j'ai la sensation qu'il ne ressent pas vraiment tout cela. Bibow a toujours voulu être ailleurs. Quelque part où il se sent bien. Cette envie d'évasion, omniprésente durant toute notre lecture, se caractérise par cette phrase, répétée à plusieurs reprises dans le bouquin : "Bien sûr j'aurai pu m'enfuir, mais pour aller où ?". Le jeune homme, de part son éducation et l'environnement dans lequel il a été élevé, est assez vulgaire dans ses propos au début du livre. Mais, au fur et à mesure que l'histoire avance, cette vulgarité s'efface quelque peu. Une preuve de maturité d'un Bibow devenu plus sage. C'est subtil et efficace. Bravo Axl. Vraiment.


L'histoire, c'est celle de ce Robert Bradley Jr. sans aucune peur. C'est l'histoire de sa vie. Une vie mouvementée, peu ordinaire, pleine de rebondissement. Je me demande encore aujourd'hui si tous les faits racontés dans ce bouquin sont réels, et j'irais me renseigner. A travers celui-ci, Axl Cendres dénonce clairement la guerre, et plus particulièrement la CIA et ses agissements. Bibow, à cause (grâce) de ce "problème" donc, se retrouve à trembler sur le globe, au coeur de mission visant à éradiquer (la plupart du temps) le communisme et ses partisans. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'on ne s'ennuie certainement pas. L'action est omniprésente, ce qui rend le livre très addictif. Les rebondissements sont bien là. L'humour et les émotions aussi. Encore ce cocktail explosif qui fonctionne si bien. Dans un tout autre genre que "Dysfonctionnelle". Ca fonctionne, Axl Cendres maîtrise parfaitement bien son sujet, ajoutant même quelques pointes sur l'Histoire et la guerre de Vietnam. Conquis, c'est le moins qu'on puisse dire.


Pour l'écriture, là, c'est trash
. Les gros mots, il y en a. A quasiment chaque phrase même, au début du moins. Personnellement, ça ne m'a pas dérangé, je pense que cela rend le roman plus réaliste quelque part, quand on sait dans quel contexte familial il se déroule. Axl Cendres nous fait rire, nous émeut, encore et toujours. C'est une magicienne des mots. Dysfonctionnelle l'aura confirmé par la suite. Chapeau l'artiste.

La fin, quant à elle, apaise littéralement le lecteur, à la manière de Dysfonctionnelle. C'est inattendu. C'est beau. Là encore. Merci.



Un coup de coeur ? Oui. Aussi grand que pour Dysfonctionnelle ? Non. Mais n'empêche, second coup de coeur. Un magnifique coup de coeur. Une de mes plus belles lectures de 2017.

Eleanor & Park de Rainbow Rowell




Auteure : Rainbow Rowell

Maison d'édition : Pocket Jeunesse

Nombre de pages : 384 pages

Année de sortie : 2014




Résumé : 1986. Lorsque Eleanor, nouvelle au lycée, trop rousse, trop ronde, s'installe à côté de lui dans le bus scolaire, Park, garçon solitaire et secret, l'ignore poliment. Pourtant, peu à peu, les deux lycéens se rapprochent, liés par leur amour des comics et des Smiths... Et qu'importe si tout le monde au lycée harcèle Eleanor et si sa vie chez elle est un véritable enfer, Park est prêt à tout pour la sortir de là.

Introduction
: Vous savez, il existe des romans, non, des petits joyaux, qui vous retournent, qui vous hantent, dont vous refaites les histoires des dizaines de fois, parfois en modifiant certains passages ou certains personnages. Vous vous imaginez à leurs côtés, en train de vivre ces folles aventures, en quête de quelqu'un, de quelque chose ou tout simplement de soi-même. A chaque fois que vous en relisez un passage de ces livres, votre corps est parcouru de frissons et votre esprit est embrumé par les lignes qui défilent sous vos yeux ébahis. Vous ne voyez pas ? Mais si... Vous savez, les premiers mots, les premières lignes de ces bijoux vous transportent vers un autre monde, vous n’êtes dès lors plus vraiment vous-même, et vous n’êtes plus vraiment en train de lire un livre non plus. Vous le vivez. Il vous faut d'ailleurs plusieurs dizaine de minutes parfois pour émerger et revenir à la réalité, dans un grand soupir. Vous n'attendez qu'une chose, revenir à votre lecture et repasser de l'autre côté, si je puis dire. Chaque détails de la vie réelle vous rappelle votre lecture en cours, et vous n'avez alors qu'une envie : retrouver les pages de votre bouquin. Voyez-vous ce que je veux dire ? Oui ? Alors, c'est bon, nous pouvons commencer.


Cette introduction, écrite pour ma chronique du roman Tant que nous sommes vivants, vous décrit parfaitement mon ressenti sur elle-même. C'est parti pour la chronique d'un coup de coeur. Enorme coup de coeur.


Commentaire
: Il faut savoir que je ne suis pas tellement histoire d'amour. Mais quand elles sont bien écrites, elles me chamboulent pendant des semaines entières (oui oui, je pense à Songe à la douceur). Et là encore, même plus d'une semaine après la fin de ma lecture, ça va être très dur de trouver les mots pour vous décrire mon ressenti sur ce bijoux.


Comme à l’accoutumé, commençons par aborder ces personnages. Eleanor. Park. Bon, bah... Coup de coeur hein. Et oui, encore une fois. Décidément, les personnages de mes lectures sont très bons ces derniers temps. Plus sérieusement, cette fois-ci, ce n'est pas parce que j'ai pu m'identifier à eux que je l'ai adoré, c'est pour leur simplicité. L'un comme l'autre, ils ont leur style et ne tentent pas de rentrer dans la masse compacte des lycéens populaires. Ils sont particuliers. Je ne saurais vous dire pourquoi, mais ils ont quelque chose en plus, quelque chose qui chacun unique et attachant. C'est aussi pour cette raison qu'ils sont tombés amoureux, je pense. Pour vous parler un peu d'eux séparément : Park est jeune chinois dont on appréciera les goûts musicaux, le calme et la passion pour Eleanor. Chez cette dernière, on aimera l'extravagance, le manque d’intérêt pour le regard des autres et la timidité. Chacun cache ses secrets. Ils s'ouvrent telle une fleur l'un à l'autre, doucement, sous la douce chaleur du soleil de l'amour. Eleanor n'est rien sans Park. Park n'est rien sans Eleanor. Les deux se complètent parfaitement bien. Chacun apporte une touche de ce que l'autre n'a pas. Ils forment un magnifique couple. Et le lecteur devient spectateur de cette amour. Rainbow Rowell nous rend amoureux d'un roman. Véritablement. Et quelle belle sensation !


L'amour entre les deux naît comme un soleil se lève un matin de printemps
(oui je suis d'humeur poétique). Doucement, on ne le perçoit d'abord pas tout à fait, même si on sent que quelque chose se passe à l'intérieur des coeurs. Un petit picotement quand on aperçoit l'autre, qui se transforme rapidement en une sensation de chaleur dans le ventre. On cherche à capter son regard. On se cherche. C'est compliqué, l'amour. Et tout cela, l'auteure nous le fait ressentir en cent fois plus fort. Elle mène l'histoire à la perfection. Une histoire d'exception, entre deux individus d'exception. Aucune étape n'est sautée. On ressent avec eux le picotement dans le ventre, les frissons dans la nuque, les envies de se voir, de se dire ce que l'on ressent. On tombe amoureux, comme eux. Ce roman, cette histoire est un véritable concentré de sentiments, tous plus forts les uns que les autres.

Je pense que chacun peut lire ce livre
, à que c'est l'âge qui fera qu'on le percevra d'une manière différente. Si quelqu'un le lit alors qu'il est un adolescent de 13-14 ans, alors il se rêvera de vivre une telle histoire d'amour, avec autant de passion. A contrario, un adulte quinquagénaire retombera amoureux et ressentira énormément de nostalgie à la lecture de ce livre. Des sentiments différents en fonction de l'âge... Toute en finesse. Chapeau l'artiste.

Rainbow Rowell sublime son histoire de sa plume. Elle propose parfois de belles métaphores qui ne sont pas non plus trop complexes à la lecture. Elle rend notre lecture fluide, simple et merveilleuse à la fois. Les émotions ressenties sont dingues. Merci à elle.


Une fin à en faire pleurer une statue conclue ce sublime roman. On ressort, le coeur battant et le cerveau embrumé par tant d'émotions. Quel splendide voyage !



Pour conclure simplement et efficacement, c'est un bijoux à lire à tout âge !

samedi 19 août 2017

Le tableau du Samedi de Lady Marianne : Henri Matisse, un peintre révolutionnaire au XXème sicèle

Le principe ?
On évoque en quelques mots un tableau, pourquoi il nous émeut, nous inspire, nous intrigue. On ajoute aussi quelques lignes sur l'artiste bien entendu. Et le tour est joué.


Petite biographie :





Henri Matisse, né en 1869 à Cateau-Cambrésis et mort en 1954 à Nice, est un peintre, sculpteur, graveur et dessinateur français. Ses oeuvres sont très variées : on y retrouve des portraits, des natures ou encore des représentations d'objets. Ce qui caractérise ses oeuvres, c'est avant tout les couleurs vives qui les composent. Matisse a révolutionné le XXème siècle. Il est le père du fauvisme.


Comment ai-je connu cet artiste ?
Matisse est un grand nom de l'art français. J'ai souvent vu ses oeuvres, que ce soit dans les quelques musées que j'ai eu l'occasion de visiter, à la télévision, lorsqu'on parle des expositions mettant en scène ses oeuvres ou plus simplement dans les livres que j'ai eu à l'école, plus jeune.


Quel oeuvre as-tu choisis de nous présenter ?



Là encore, comme pour l'article sur David Hockney, j'ai choisi de vous présenter l'oeuvre la plus connue d'Henri Matisse : Luxe, Calme et Volupté.


Pourquoi ?

Et là aussi, je trouve que cette oeuvre se détache du reste des oeuvres du peintre. Bon d'accord, Henri Matisse est quelqu'un qui a peint beaucoup de styles différents de tableaux au cours de sa vie, et on retrouve d'ailleurs dans celui-ci ce mélange de couleurs chaudes qui interpellent le spectateur. Personnellement, j'ai beaucoup aimé cette oeuvre de part la technique des pointillés employée par l'artiste pour la réaliser. C'est avant tout cela qui a porté mon choix sur ce tableau-ci. Il est d'ailleurs à noter que le peintre n'utilise absolument pas la technique "pointilliste" classique pour cette oeuvre, puisque lui réalise de petits rectangles alors que normalement, la doctrine voudrait qu'il peigne de très fines couches de peinture pure. Ce tableau est donc assez particulier à mon sens, même si l'on retrouve les "codes" Henri Matisse !


Que t'inspires cet oeuvre ?

Les personnages représentés ont des attitudes très différentes les unes des autres. Certains ont l'air de profiter du soleil, d'autres se lamentent. Celui debout à l'air de tenir quelque chose dans la main, comme s’il désirait sacrifier celui qui est au sol à ses pieds. Pour ce qui est de l'arrière plan, les couleurs me réchauffent, et j'irais bien piquer une petite tête dans cet océan, ou encore faire un tour sur le voilier !


Le blog de Lady Marianne à retrouver ici

L'atelier de Ghislaine : Amitié.

La contrainte : Ecrire avec dans le texte minimum cinq mots en -oir et cinq mots en -our.


Le jour déclinait à peine. Les âmes vagabondes rejoignaient un oreiller qui accueillerait les rêves et espoirs de chacun le temps de quelques heures à peine. L'esprit embrumé par les éclairs de la douleur, je couchais sur le papier mes pensées mortuaires, qui ne seraient bientôt plus qu'une trainée de poussière dans l'univers composé de mille étoiles brillantes. Sans artifice, j'ai décliné ce que j'avais sur le coeur bien des fois, le cul collé sur cette chaise moelleuse, les coudes posés sur cette table laquée de bois et marquée de mes envies d'un soir. Non, de tous les soirs en fait. La vie est belle. Oui. Mais la vie est une chienne. Aussi. Elle offre des moments insensées, jours où le cerveau est empreint de l'ivresse d'un bonheur aussi soudain qu'intense. TU étais là. TU y a participé, à ce putain de bonheur, plus encore que tous les autres avec qui nous étions réunis, lors de ce voyage du bout du monde. Nos yeux se sont croisés la première fois, alors qu'un de mes gestes maladroits venait d'effleurer ton visage. Tu m'as souris lentement, comme une fleur qui s'ouvrirait. Sourd aux appels du reste du groupe, je t'ai fixé encore un petit moment, avant de me détourner, persuadé que quelque chose se cachait derrière ce regard bleuté. Quelques mots échangés, un ou deux rires, trois fois rien en apparence. Ca a suffit, visiblement. On s'est parlé, doucement d'abord, effleurant à peine la surface de deux complexités incarnées depuis toujours par notre deux êtres. On se tourne autour, se découvrant lentement des points  communs ancrés au fond de chacun. Aujourd'hui, contemplant les étoiles piquant le ciel couleur encre de leur éclats de lumière, je me dis que le destin nous a amener à nous rencontrer. Et je sais que, de là où tu te situe, en contemplant ce ciel, tu penses exactement la même chose. Les autres n'ont pas compris, je le crois, et ils ne comprendront jamais. Il penseront qu'on devrait sortir ensemble. Mais non. Je le sais. Tu le sais. Cela est plus profond. On se l'est dit souvent. Finalement, sans le vouloir peut-être, on s'est livré. On s'est confié sur nous, nos envies, nos secrets, nos faces cachées. On a creusé en chacun la croûte de la surface, pour apercevoir la lueur éclater de la vraie personne qui se cache en dedans. Ce n'est pas de l'amour. Une amitié profonde et certaine, pour sûr. On a parlé longuement, de nous, à la belle étoile, quelques heures sûrement, sans pouvoir s'arrêter. On a jeté le poids des mots par-dessus bord, réciproquement. On s'est remercié, on s'est fait un câlin. On a fait comme si ce n'était rien. Mais on le savait, qu'un lien terriblement fort s'était créé, et qu'il ne se distendrait jamais malgré le poids de la distance qui pèsera dessus. Il restera toujours en place. On se l'ai promis. Après le départ, j'étais triste, mais serein. On ne trahis pas quelque chose d'aussi fort, croisé au détour d'un séjour si incroyablement merveilleux. Et maintenant je suis là, seul, noyé dans des certitudes entourées de glace. On cristallisera ce fil. Si tu es d'accord. Evidemment.